Sans armure

Pourquoi j'écris maintenant

J'écris aujourd'hui parce que je veux me rendre visible aux autres.

J'ai toujours fait en sorte d'être invisible. Du plus loin que je me souvienne, j'ai appris à ne pas déranger et être le plus silencieux possible. Je n'arrive pas à me souvenir pourquoi ou comment j'ai appris que ma présence pouvait être dérangeante. Je me souviens simplement que, peu importe le milieu, je ressentais un mur invisible entre moi et les autres. Un genre de décalage avec le monde. Je regardais les autres enfants s'amuser ou parler entre eux et je sentais qu'il y avait quelque chose qui clochait. Même à cette époque, je voyais la facilité pour certains d'être appréciés et choisis. Je voyais des personnes avec des affinitées communes ou des intérêts partagés développer des liens. Moi, j'observais et j'essayais de comprendre comment les autres faisaient. Encore aujourd'hui, j'essaie de comprendre comment fonctionne une relation entre deux humains. Que ce soit une relation amicale ou amoureuse, je veux vraiment comprendre qu'est-ce qui cause l'apparition de ce mur qui se batît à chaque interaction humaine.

Aujourd'hui, j'ai bientôt 31 ans. C'est à cet âge que je me sens enfin assez solide pour me dévoiler au monde. Comme tous, j'ai eu des hauts et des bas dans ma vie. J'ai passé ma vie à survivre la période scolaire, les questionnements sur son avenir et toute la vingtaine à se relever de peine et de misère à chaque chute. J'ai passé par une dépression majeure au début de ma vingtaine à un rétablissement aujourd'hui. Ce n'est pas parfait et rien n'est guéri complètement mais si je devais attendre à chaque fois que quelque chose doit être parfait. Je passerais ma vie à attendre et je trouve que j'ai déjà assez attendu comme ça.

Alors, pourquoi un blog?

Je communique beaucoup mieux à l'écrit qu'à l'oral. Ici, je peux prendre le temps de choisir les bons mots pour partager ce que je pense vraiment. Je n'ai pas la pression sociale de devoir choisir mes mots en fonction des autres. Pas besoin de lire l'énergie de la pièce et de juger si je dois partager le minimum ou si je devrais céder ma place à quelqu'un qui a l'air plus intéressant que moi. Pour la première fois dans ma vie, je construis un espace pour moi et sur moi. Un endroit que j'ai gardé secret toute ma vie partagé sur la vaste toile.

Je suis rendu à une étape de ma vie où je peux enfin commencer à apprendre à vivre. Je crois réellement que je peux utiliser le terme survivre pour décrire ma vie. J'ai survécu à la dépression et à la solitude. J'ai réussi à garder cette petite flamme en moi qui croyait toujours que les choses vont s'améliorer. J'ai survécu à tant d'années de mépris de soi. J'ai réussi à me relever même quand je ne voyais plus de raisons pour continuer. Quand tu passes ta vie à te demander si tu es l'exception à la régle, le bug dans la matrice ou l'erreur dans le système, tu ne peux pas vivre. Tu retires toutes chances de pouvoir apprécier quelque chose parce que l'espoir a un prix. L'espoir consomme énormément d'énergie. Quand tu dois rationner l'énergie pour simplement fonctionner, tu coupes dans tout. Tu coupes dans tes intérêts et tes rêves. Tu coupes aussi en toi. Tout ce qui demande de l'énergie, tu le retires de toi. L'humour disparraît peu à peu. La gentilesse est nécessaire seulement si tu es obligés. Tu coupes carrément dans ce qui fait de toi, toi. Ce n'est que récemment que j'ai commencé à me connaître et à savoir ce qui me plait dans la vie. Quand on survit, plus rien nous apporte de la joie ou du plaisir. Ressentir consomme de l'énergie. Faire face à la vie cause des émotions qui demande de l'énergie au corps et au cerveau. Donc, pour survivre, j'ai dû anesthésier de force la partie de moi qui ressentais les choses.

Aujourd'hui, je peux dire que je suis fier du chemin parcouru. Moi et la fierté avons une relation difficile depuis toujours mais je commence à le croire. Je commence aussi à prendre ma place. J'ai aussi appris dernièrement que ce n'est pas tous les milieux qui sont compatibles avec nous. À chaque fois que je me sens rejeté ou que je n'ai pas réussi à m'intégrer, je me rappelle que ce n'est pas moi le problème. Une stratégie bien simple qui demande pourtant beaucoup d'effort et de compassion de soi. Ce qui est généralement rare pour quelqu'un qui s'est détesté depuis longtemps. La différence aujourd'hui, c'est que j'ai réussi à voir ma valeur. J'ai réussi à voir un autre reflet que celui que ma tête me montrait. J'ai vu un gars authentique et droit qui veut seulement aimer et être aimer pour lui. J'ai vu malgré le brouillard une personne sincère et drôle qui s'attache pour vrai. On dit qu'on est notre pire critique et c'est vrai. J'ai cru tellement longtemps que le reflet que je voyais ne pouvais pas changer. Maintenant, je suis capable de voir les deux côtés. Je suis capable de constater que je n'avais pas toutes les informations nécessaires pour être objectif. Quand tu arrives à reculer juste assez pour voir le portrait en entier, c'est comme si tu découvrais un nouveau monde. Toutes le portes que tu croyais fermés à jamais se déverrouillent. Tous les espoirs enfouis profondément en nous réapparaissent. Tout ce qui fait ta personne allume de nouveau. Tu as cette étrange impression que le monde n'est pas aussi sombre que tu le croyais. Qu'il y a une petite lumière qui t'attends encore pour te guider. Tu commences à imaginer une vie meilleure. Tu oses penser que tu peux avoir de l'amour dans ta vie. C'est comme pouvoir prendre ta première bouffé d'air depuis longtemps et constater que tu n'es plus obligé d'être immergé dans l'abysse. Tu regardes en haut et non en bas. Tu souris bêtement sans aucune raison. Tu ris plus facilement. Pourtant, je n'ai rien fait pour ça. J'ai simplement donner autant d'importance sur ce que j'aime chez moi que ce que je n'aime pas. J'ai rééquilibré ma tête. Juste ça m'a donné assez d'oxygène pour créer un blog et mettre cet écris en ligne.

Je crois que l'une des leçons que j'ai appris qui m'a le plus aidé est que rien n'est figé. Que ce soit une mauvaise passe, une crise de panique ou un sentiment d'être une erreur, ça vient et ça passe. Le truc, c'est d'être capable d'accepter que ça vient et de le laisser venir. Tu vas te sentir mal, oui. Tu vas croire que c'est la fin du monde et que cette douleur va rester sans jamais partir. Puis, elle va disparaître et tu te souviendras même pas que tu croyais rester avec ça le reste de ta vie. Donc, à chaque fois que je traverse quelque chose, je ne me bat plus et je laisse traverser cette douleur en moi. J'accepte que ça va faire mal et je comprends que c'est temporaire.

Voici mon premier post. Une introduction sur ma façon de penser et mes expériences.

Mathieu